Comment peux-tu structurer ton histoire ?

mars 14, 2019 9 minutes 2 Commentaires

Comment peux-tu structurer ton histoire ?

mars 14, 2019 9 minutes 2 Commentaires

Hello mes doux écrivains !

Aujourd’hui, nous allons parler un peu de la structure des récits. En effet, qu’on aime planifier ou non le déroulement de ses histoires, ça ne fait pas de mal d’étudier un peu la théorie pour savoir de quelle façon une histoire peut se construire et s’articuler.

Même si tu décides par la suite de ne pas suivre consciemment un schéma en particulier, tu auras quand même tout ça en tête et ça t’aidera sans que tu t’en rendes compte !

Cet article va être un peu dense, je vais t’exposer de façon plus ou moins détaillées les différents schémas narratifs que j’ai trouvé en effectuant mes recherches. Dans les semaines qui viennent, je prendrai le temps de revenir sur chacun d’entre eux en les détaillant un peu plus et/ou en analysant une oeuvre qui est construite de cette façon.

La structure d’un récit, qu’est-ce que c’est ?

La structure d’un récit correspond à l’ordre dans lequel les éléments de l’intrigue s’enchaînent.

Avant de passer à la suite, je te donne tout de suite mon point de vue : quel que soit le schéma qui te parle et que tu choisis d’appliquer, il ne faut pas que tu le vois comme un carcan, mais comme un guide qui te permet de laisser ta créativité s’épanouir.

La structure est comme un squelette : elle ne doit pas être nue, il faut l’envelopper de nombreux éléments au point de la faire oublier. Pour le dire autrement, il ne faut pas que ton lecteur voit toutes les ficelles à l’avance ! Tu ne pourras pas l’empêcher totalement, notamment si c’est quelqu’un qui lit beaucoup, mais si tu enveloppes correctement ton squelette, la magie opérera. Et puis aussi, il ne faut pas non plus hésiter à bousculer les codes au besoin !

De manière générale, un récit se construit de la façon suivante : tu as un protagoniste, qui affronte des événements difficiles, voire insurmontables, qui le font changer et évoluer, en l’amenant vers sa réalisation finale.

Plus l’adversité est grande et semble insurmontable aux yeux du lecteur, et plus ce dernier va se plonger dans le roman, désireux de voir comment le protagoniste va s’en sortir.

On apprend dès le collège (je me souviens encore de mon cours de sixième à ce sujet) la façon dont une histoire se construit : situation initiale > élément perturbateur > péripéties > résolution > situation finale.

Maintenant, voyons un peu plus en détail comment nous pouvons structurer ces différents éléments grâce aux théories et schémas narratifs existant (j’ai pu en rater, je pense qu’il en existe beaucoup, beaucoup, n’hésite pas à en parler en commentaire !)

NB : J’ai lu pas mal d’articles en anglais, et la traduction des termes est parfois personnelle. Je pense cependant que ça ne dénature pas les principes et les théories =)

La structure en trois actes

C’est une structure que l’on retrouve énormément et dans beaucoup de pays, qui divise l’histoire en trois parties : le commencement, la confrontation, la résolution. Nous allons voir deux façons de découper l’intérieur de ces trois actes.

Un Premier découpage possible de la structure en trois actes

Le commencement, 25% du total de l’histoire

Le but est d’introduire le protagoniste, ses objectifs, ses motivations, le conflit principal/l’obstacle/l’antagoniste qui l’empêche d’atteindre ses objectifs.

Cette partie comprend :

  • l’accroche : cela représente 1% tout juste de l’histoire, c’est le début, essentiel pour réussir à accrocher l’attention du lecteur et le plonger dans l’histoire ;
  • l’élément déclencheur : présentation de l’événement qui perturbe l’équilibre dans le monde du protagoniste ;
  • le premier nœud dramatique : le protagoniste est personnellement affecté par le conflit qui est à la base de l’histoire.

Le milieu, 50% du total de l’histoire

Cette partie comprend :

  • la première réalisation : un nouvel aperçu de ce que le protagoniste affronte ;
  • le point médian : nouvelle grande avancée et réalisation, soit positive (le personnage fait de gros progrès vers l’accomplissement de ses objectifs), soit négative (il n’y a aucune chance qu’il réussisse) ;
  • la deuxième réalisation : permet d’introduire une autre information clé sur l’obstacle principal/l’antagoniste ;
  • le deuxième nœud dramatique : une nouvelle grande avancée, c’est là que le pire doit se produire pour le protagoniste ; techniquement il est prêt à aller vers la résolution finale mais il doit encore affronter ses points faibles et les surmonter.

La fin, 25% du total de l’histoire

Cette partie comprend :

  • la crise : le protagoniste doit choisir entre céder à ses points faibles ou les surmonter ;
  • le climax : la scène finale, l’affrontement final entre le protagoniste et l’antagoniste ;
  • la résolution : montre ce qu’est la vie maintenant que le protagoniste a géré l’obstacle/l’antagoniste.
Structure du récit

La structure : “Save the cat ! Beat Sheet”

Il s’agit d’une structure populaire en 15 points. Chacun de ces points à un intérêt spécifique et sert une fonction précise dans l’histoire globale.

Acte 1

1. scène d’ouverture : présentation du personnage et du monde bancal dans lequel il vit

2. établissement du thème général : il s’agit d’un indice (introduit par quelqu’un d’autre que le personnage principal) de ce que le protagoniste va apprendre d’ici la fin

3. installation : présentation de la vie du protagoniste et de comment le monde est bancal + introduction des personnages supports et des objectifs initiaux du protagoniste

4. catalyse : l’événement qui change tout pour le protagoniste et qui le propulse dans un nouveau monde ou une nouvelle façon de penser ; aucun retour en arrière possible dans le monde décrit dans l’étape précédente

5. confrontation : le protagoniste décide de ce qu’il fera ensuite / le but est de montrer que le protagoniste est réticent d’une façon ou d’une autre à ce qui semble être la meilleure solution

6. cassure/passage à l’acte 2 : le protagoniste décide d’accepter l’appel de l’aventure, de quitter sa zone de confort, d’essayer quelque chose de nouveau / pont entre acte 1 et acte 2

Acte 2-A

7. histoire B : introduction d’un ou de plusieurs nouveaux personnages qui aideront le protagoniste à apprendre sa leçon, qui est en rapport avec le thème présenté au 2ème point

8. amusement et jeux : mise en scène du protagoniste dans le nouveau monde, qu’il l’aime ou qu’il le déteste

9. point médian : le point précédent se termine par une fausse victoire ou une fausse défaite -> cela doit pousser le protagoniste vers un vrai changement avant de poursuivre

Acte 2-B

10. les méchants approchent : en cas de fausse victoire, les choses vont de pire en pire ; en cas de fausse défaite, elles vont de mieux en mieux ; l’obstacle majeur/l’antagoniste approche

11. tout est perdu : un événement combiné avec l’obstacle majeur/l’antagoniste amène le protagoniste au plus bas

12. la nuit noire de l’âme : le protagoniste prend le temps d’analyser tout ce qui s’est produit jusque là, c’est son heure la plus sombre, le moment juste avant qu’il trouve une solution et apprenne le thème ou la leçon de l’histoire présentée au point 2

13. cassure/passage à l’acte 3 : le protagoniste comprend ce qu’il doit faire pour régler la situation et vaincre ses démons personnels

Acte 3

14. final : prouve que le protagoniste a bien retenu la leçon qu’il a durement apprise ; un bon final comporte 5 étapes, soit 1) rassembler une équipe (amis, armes, outils, …), 2) l’exécution du plan, 3) un retournement de situation (le protagoniste fait face à un imprévu qui doit le forcer à prouver sa valeur), 4) le protagoniste creuse plus profondément (il doit trouver en lui les ressources nécessaires, l’arme la plus importante pour faire face à l’obstacle majeur/l’antagoniste), 5) l’exécution du nouveau plan

15. scène finale : montre un aperçu de l’après, de la nouvelle vie du protagoniste et combien il a changé par rapport au début de l’histoire

Un découpage en 5 actes : la Pyramide de Freytag

Il s’agit d’une alternative à la structure en 3 actes.

Acte 1 : exposition

Ce premier acte introduit les informations importantes pour le lecteur, celles qui lui permettront de comprendre l’histoire, les implications de l’intrigue, etc. On présente le protagoniste et son monde tel qu’il le connaît.

Acte 2 : montée de l’action/complication

Il s’agit de la série d’événements (complications, révélations, mystères, conflits…) qui amènent peu à peu l’histoire à son point le plus intéressant : le climax. On peut considérer ces éléments comme étant les plus importants de l’histoire puisque l’intrigue toute entière repose sur eux.

Pour le dire autrement, ce sont eux qui permettent de créer le besoin de connaître la suite et la satisfaction pour le lecteur de voir comment l’histoire va pouvoir se résoudre.

Acte 3 : le climax

Il s’agit du tournant, du moment décisif où la destinée du protagoniste change, en bien ou en mal (en trouvant une force intérieure, le protagoniste parvient à surmonter les obstacles, ou bien il révèle une faiblesse qui l’amène à plonger définitivement).

C’est le point le plus intense du point de vue émotionnel ou à travers l’action. Après cela, plus rien ne sera pareil. Le protagoniste passe un point de non retour qui va amener la partie suivante…

Acte 4 : retombée de l’action/dénouement

Le terme “retombée” n’est pas le plus adéquat. En anglais, on parle de “Falling action”. Il s’agit des événements qui suivent le climax et qui vont amener petit à petit à l’affrontement entre le protagoniste et l’antagoniste/l’obstacle principal ou à la résolution des conflits, à la levée des mystères, etc.

C’est dans cet acte également que l’on trouve les derniers moments de suspense où on peut encore douter du dénouement final.

Acte 5 : le dénouement

Les mystères sont résolus, les conflits sont résolus, tout rentre dans l’ordre. Cet acte comprend un aperçu de ce qu’est maintenant la vie du protagoniste.

Structure du récit - pyramide de Freytag

Le monomythe de Joseph Campbell

La théorie du monomythe a été développée dans les années 1940 par Joseph Campbell dans son livre Le héros aux mille et un visages. Selon lui, tous les mythes du monde peuvent se résumer à une seule et unique structure. C’est ce qu’il a appelé le Voyage du héros, qui est découpé en 12 étapes contenues dans trois actes dramatiques.

En résumé, le protagoniste est confronté à l’appel de l’aventure, qu’il accepte tout de suite ou qu’il refuse dans un premier temps. S’ensuit une série d’épreuves, puis le protagoniste atteint son objectif, obtenant au passage un nouveau savoir. Il revient alors dans le monde ordinaire où il peut utiliser le savoir acquis pour améliorer le monde.

Voici le détail des 12 étapes.

Acte 1

1. Le monde ordinaire
2. L’appel de l’aventure
3. Le refus de l’appel
4. La rencontre avec le mentor
5. Le passage du premier seuil

Acte 2

6. Épreuves, alliés, ennemis
7. Approche de la caverne
8. Mort et renaissance
9. Récompense/prise de l’épée

Acte 3

10. Chemin du retour au monde ordinaire
11. Renaissance
12. Retour avec l’objet de la quête

Pour plus de détails sur chaque étape, avec une illustration à partir de Retour vers le Futur, tu peux aller voir ici.

Elodie, de Il était une citation, est actuellement en train de lire le livre de Joseph Campbell, elle te propose deux ateliers d’écriture ici et !

Structure du récit - le voyage du héros

La critique du monomythe

Les universitaires et chercheurs étudiant les mythologies du monde ont tendance à rejeter le travail de Campbell, lui reprochant d’être trop universaliste et ethnocentré. De plus, le niveau d’analyse très abstrait et la théorie manque de preuves savantes nécessaires à sa confirmation. Cela n’a pas empêché le monomythe d’être extrêmement utilisé dans le cinéma et la littérature.L

La Vision de Kurt Vonnegut

Kurt Vonnegut était un écrivain américain, qui trouvait le point de vue de Campbell trop rigide et bien trop complexe.

Pour résumer, Kurt Vonnegut estime que 1) le protagoniste rencontre un problème et 2) le protagoniste résout le problème.

Il dégage six types de schémas narratifs universels qu’on retrouve partout, que le cerveau humain connaît et apprécie (et qu’il est donc bon de savoir utiliser). Ethan de Fourmiztory t’en parle plus longuement ici !

En conclusion

Je pense sincèrement qu’il est utile de connaître ces quelques schémas théoriques. Comme je l’ai dit en introduction, tu peux choisir de ne pas les suivre à la lettre, le fait de connaître la théorie te sera tout de même d’une grande aide.

Dans l’idée, ça revient à apprendre à écrire. C’est ce qui fait la différence. Tout le monde peut avoir de belles et incroyables idées ; tout le monde ne sait pas les poser sur le papier. Mais tout le monde peut apprendre comment ça fonctionne. Je t’encourage vraiment à ne pas hésiter à creuser tout ça.

Brisons le mythe qui affirme qu’il n’y a que le talent qui fait un bon écrivain !

2 Commentaires

  • Florence avril 4, 2019 at 12:58

    Je suis rassurée qu’il existe d’autres schémas typiques parce que le classique : héros – perturbation – épopée – dénouement m’ennuie au plus haut point 😀
    Je vais essayer de confronter mon écrit du moment aux autres schémas pour voir si je peux m’y raccrocher un peu (mais j’ai du mal avec l’hyper-structuration, ou la structuration tout court ahah)

    • Tiphaine - Suis l'Élan avril 9, 2019 at 7:18

      Je n’étais pas du genre à trop structurer jusque là, et puis je me rend compte qu’en fait, ça m’aide vraiment à gérer la fin. Je n’ai aucun soucis pour le début et le milieu, mais le dernier acte, le dénouement et tout, j’ai du mal sans le préparer à l’avance 🙂

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