La Communication Non Violente

février 4, 2019 8 minutes 2 Commentaires

La Communication Non Violente

février 4, 2019 8 minutes 2 Commentaires
Communication Non Violente - Communication consciente

Je n’aime pas les conflit : cela me met mal à l’aise. J’ai souvent la sensation de tout faire pour écouter, mais de ne pas l’être en retour. Je pense sincèrement que nous sommes très, très peu à savoir communiquer sans violence (j’ai aussi des progrès à faire).

Quand quelqu’un me parle en commençant sa phrase par “tu…”, je me sens tout de suite agressée. Et j’adopte aussitôt l’une des trois réactions instinctives qui nous viennent dans ces cas-là : l’attaque, la fuite ou l’encaissement. Soit je riposte, soit je fuis, soit j’encaisse en faisant oui de la tête (j’ai tendance à encaisser et à ruminer pendant des semaines…)

Peut-on vraiment parler de communication dans ce cas-là ? Je ne le pense pas (ou plus). Je sais que j’ai depuis longtemps à cœur d’écouter et de prendre en compte du mieux possible les points de vue de tout le monde, dont le mien (et oui, il est hors de question de dévaloriser le mien par rapport à celui des autres !) Cela m’a toujours semblé être une évidence : les solutions les plus satisfaisantes se trouvent quand tout le monde est écouté (dont moi, donc).

Malgré tous mes efforts pour adopter une façon de m’exprimer plus positive, je suis concernée également. Parfois j’explose, je prononce des paroles qui blessent, je n’écoute pas vraiment. Je travaille depuis quelques années pour ne plus le faire, et j’ai naturellement été amenée à m’intéresser à la Communication Non Violente (CNV).

Communication Non Violente - Communication consciente

Le principe de la Communication Non Violente

Élaborée par Marshall B. Rosenberg dans les années 1970, la CNV est un outil qui a pour objectif de permettre de parler avec l’autre sans lui nuire. Elle est basée sur le concept de l’ahimsa, qui est un mot sanskrit signifiant “non-violence”, “respect de la vie”. C’est le concept de bienveillance de la philosophie indienne : l’action ou le fait de ne causer de nuisance à aucune vie. C’est une forme de relation pacifique avec toute forme d’être vivant.

Bien que la CNV soit surtout utilisée pour la résolution de conflits personnels ou professionnels, je pense qu’il est très constructif pour soi-même de chercher à l’appliquer au quotidien et de ne pas attendre d’être face à un conflit pour y penser.

La CNV consiste à renoncer à tout jugement de l’autre pour sentir ce qu’il se passe en soi, tout en favorisant une collaboration mutuelle. Elle part du postulat que tout le monde partage les mêmes besoins, et donc que tout le monde a la capacité de se montrer empathique et bienveillant.

NB : Parler de Communication Non Violente peut parfois poser problème. Quand tu dis aux gens qu’ils devraient peut-être se pencher sur la question, ils peuvent le prendre très mal (eux, violents ?!) Par conséquent, j’aime aussi utiliser le terme “communication consciente”. Dans la suite de l’article, je continuerai à parler de CNV, mais garde ça en mémoire, si jamais tu dois introduire le concept auprès de quelqu’un ! =)

Comment utiliser la CNV ?

La CNV nécessite une attention au moment présent et une intention claire de favoriser le dialogue et la compréhension.

Elle se structure en 4 étapes. Attention à ne pas te montrer trop rigide, ces clés sont des repères destinés à faciliter l’expression de la bienveillance, pas des règles absolues à suivre. Elles ne sont pas forcément à utiliser dans cet ordre-là, mais s’entraîner à les utiliser permet peu à peu de dialoguer de manière plus consciente.

Faire une observation

La première étape consiste à décrire la situation en termes d’observation partageables et objectifs. C’est plus difficile qu’il n’y paraît. Nous sommes trop habitués à être dans l’interprétation.

Dans l’idée, il vaut mieux éviter les évaluations et les jugements, à moins de bien préciser que c’est ce que tu imagines et pas la réalité. Néanmoins, cela peut amener ton interlocuteur à se sentir jugé ou agressé, et il se mettre sur la défensive au lieu d’essayer de comprendre la suite.

Exprimer ses sentiments/réactions

L’étape suivante consiste à exprimer les sentiments ou les réactions que suscite la situation précédemment évoquée. Là encore, il faut faire attention aux interprétations. “Je me suis sentie ignorée” est une interprétation, alors que “je me suis sentie triste” est bien l’expression d’un sentiment. Autre exemple : “J’ai le sentiment que tu ne m’aimes pas” est aussi une interprétation du comportement de l’autre, même si on trouve le mot “sentiment” dedans !

À ce sujet, Marshall B. Rosenberg encourage tout le monde à développer un vocabulaire affectif riche pour pouvoir exprimer facilement toute la palette d’émotions qui peuvent nous toucher.

NB : De manière générale, quand on trouve un “tu” dans la phrase, il y a de très fortes chances qu’il s’agisse d’un jugement/d’une interprétation, et non d’un sentiment.

Communication Non Violente - Communication consciente

Exprimer son ou ses besoins

Tout conflit est l’expression tragique d’un besoin insatisfait.

Marshall B. Rosenberg

Quand quelque chose nous blesse ou nous fait réagir, c’est que cette chose réveille en nous un besoin, une blessure. En te connaissant et en déterminant tes besoins, il te sera plus facile de les exprimer par la suite.

Parler sincèrement de tes besoins permet à l’autre de mieux comprendre la situation, et s’il ne peut satisfaire ta demande (dernière étape), il pourra néanmoins essayer de te proposer d’autres alternatives.

Exprimer une demande

Ta demande doit être précise, explicite, réalisable, concrète et formulée positivement. Demande ce que tu veux, pas ce que tu ne veux pas ! =)

C’est également une étape délicate, selon moi la plus délicate. Il est difficile de ne pas confondre demande et exigence. Quand nous avons fait l’effort de nous exprimer en choisissant soigneusement nos mots pour que l’autre écoute réellement et comprenne, il nous est difficile d’essuyer un refus. Pourtant, si nous ne sommes pas capables d’accepter un refus, alors nous n’avons pas formulé une demande, mais une exigence.

Et le problème d’une exigence, c’est qu’elle amène une relation de domination. L’autre n’a que deux choix : se soumettre ou se révolter. Pour les éviter, tu peux déjà bannir de ton langage les “il faut” et “on doit“.

Si le refus de l’autre génère un sentiment négatif (peur, colère, frustration, tristesse…) alors c’était une exigence.

Dès lors que nous sommes prêts à écouter pleinement ce qui empêche l’autre de faire ce que nous lui demandons, nous formulons une demande, selon ma définition, et non une exigence.

Marshall B. Rosenberg

Quand tu te mets réellement en position d’écouter et de comprendre l’autre, et que tu lui laisses une chance d’exprimer à son tour pourquoi il ne peut pas répondre de manière positive à ta demande, tu es capable de comprendre et d’accepter son refus avec bienveillance et empathie.

Encore une fois, c’est personnellement l’étape que je trouve la plus difficile, ce qui prouve bien que j’ai encore du travail à faire sur ma propre façon de gérer les communications que j’ai avec mon entourage ! =)

Communication Non Violente - Communication consciente

Les retombées positives de la CNV

Tu peux utiliser la CNV de trois manières différentes. D’abord, pour communiquer avec l’autre d’une manière qui favorise la compréhension et l’acceptation du message. Ensuite, pour recevoir un message de l’autre, l’écouter d’une manière qui favorise le dialogue, quelle que soit sa manière de s’exprimer. Enfin, tu peux utiliser la CNV avec toi-même pour clarifier ce qu’il se passe en toi.

J’aime particulièrement la troisième manière d’utiliser la CNV. Chercher à savoir quelles blessures, quels besoins sont mis en cause quand tu ressens un malaise face à une situation peut te permettre d’en apprendre énormément sur toi.

NB : Pour t’aider à déterminer tes besoins, tu peux te baser sur les neuf besoins fondamentaux qui recouvrent à peu près toute la palette des besoins humains : physiologiques/physiques, sécurité, empathie/compréhension, créativité, amour/intimité, jeu/distraction, repos/détente/récupération, autonomie, sens/spiritualité.

Utiliser la CNV t’amène à reprendre le pouvoir et la responsabilité des émotions que tu ressens. En effet, quand une discussion tourne au conflit ou à la dispute, nous en arrivons rapidement à penser que c’est l’autre qui ne comprend pas ou qui ne fait pas d’effort. La vraie question à se poser, c’est plutôt “pourquoi est-ce que ses propos me font me sentir comme je me sens ?“.

Bon, la question est un peu alambiquée, mais elle te force à te concentrer sur tes sentiments et tes besoins. Elle t’amène à ne pas laisser à l’autre la responsabilité de ton bonheur ou de ton malheur. Tu es la seule à pouvoir changer la perception que tu as de ce que l’autre dit ou fait. Quand tu prends conscience des blessures et des besoins réveillés, tu peux mettre en place les actions nécessaires pour t’occuper de toi, avant de chercher à changer l’avis/les actions de l’autre.

Cela m’amène d’ailleurs à parler des Quatre accords toltèques, que je retrouve dans les principes de la CNV. Les quatre accords sont les suivants : “que ta parole soit impeccable“, “quoi qu’il arrive, n’en fait pas une affaire personnelle“, “ne fais pas du supposition” et “fais toujours de ton mieux“.

Les 4 accords toltèques et la CNV t’invitent de la même façon à ne pas interpréter ce que l’autre pense ou fait, à ne pas faire de supposition sur ce qui le motive.

Communication Non Violente - Communication consciente

Tant que tu seras dans l’interprétation, l’autre en face pourra utiliser la CNV autant qu’il le voudra, tu pourras toujours te sentir attaquée. C’est une réaction normale : l’ego aime penser qu’on lui en veut et qu’il est attaqué. Il se construit et se renforce en étant en opposition, pas en coopération.

Au final, pourtant, on se fiche de savoir qui a tort ou raison : les ressentis sont réels de toute façon. Ce qu’on veut, c’est trouver comment réussir à s’entendre et à résoudre notre problème ensemble. Il est nécessaire donc de savoir comprendre et exprimer ce qu’il se passe en nous sans entrer en guerre contre notre interlocuteur. Nous sommes donc bien dans une démarche de coopération et non d’opposition ! =)

C’est pour toutes ces raisons que l’empathie, l’authenticité, la responsabilité et le respect de soi et des autres sont au cœur de ce processus de communication.

Et toi, du coup, quand tu te retrouves dans un conflit, comment tu réagis ? Est-ce que tu arrives à prendre du recul et à te centrer sur ton propre ressenti ? Ou bien est-ce que tu adoptes une tactique d’attaque/de fuite/d’encaissement ?

2 Commentaires

  • Ro février 4, 2019 at 2:23

    Très intéressant comme texte, merci! Notre mode de vie a, à mon avis, entaché notre façon de communiquer…en prenant le temps d’appliquer une communication plus respectueuse, on éviterait bien des conflits et on règlerait plus efficacement nos problèmes!

  • Laisse un commentaire

    ×