Écriture et jeu de rôle grandeur nature

mars 5, 2020 6 minutes Aucun commentaire

Écriture et jeu de rôle grandeur nature

mars 5, 2020 6 minutes Aucun commentaire

J’ai participé à mon premier jeu de rôle grandeur nature il y a une dizaine d’années, en temps que Personnage Non Joueur (PNJ) : j’étais serveuse dans la taverne d’un fortin pirate.

C’était la première fois pour moi, et je me souviens encore de ce que j’ai ressenti quand des créatures ont attaqué la taverne et que j’ai détalé à travers les couloirs du fort pour aller sonner l’alerte.

Depuis, j’ai renouvelé l’expérience un certain nombre de fois, comme PNJ, comme Personnage Joueur (PJ), et surtout comme Organisatrice.

Et, au-delà du côté ludique et des bons moments passés durant ces nombreuses heures de jeu et de création, j’ai appris et vécu énormément de choses qui me servent dans la pratique de l’écriture.

Quelques définitions…

Le jeu de rôle, tout le monde connaît je pense.

On s’assoit autour d’une table avec un Maître du Jeu, on crée sa fiche de personnage et on le joue. Le Maître du Jeu raconte et on imagine, on lance ses dés, on affronte des créatures, on découvre une histoire qu’on peut plus ou moins influencer par nos choix et le temps file à une vitesse folle.

Il y a aussi des forums de jeu de rôle sur internet, où tout se passe à l’écrit.

C’est une expérience assez géniale pour apprendre à écrire, à s’exprimer, à se mettre dans la peau d’un personnage, etc. Pour moi, ça remonte au lycée avec des forums Harry Potter, j’en garde d’excellents souvenirs et ça m’a aidé à l’époque à apprendre à écrire encore et encore.

Et puis, il y a le jeu de rôle grandeur nature, celui dont je vais principalement te parler dans cet article.

Les joueurs incarnent toujours des personnages dans un univers fictif, il y a toujours des Maîtres du Jeu…

Mais cette fois-ci, tout se passe en vrai, en grandeur nature, littéralement.

Les décors sont là pour de vrai (autant que possible), on se déplace, on n’est plus assis autour d’une table. Et, aussi, on porte un costume, on peut pousser le sens du détail jusqu’à ce que le moindre accessoire colle avec l’univers, et il peut y avoir beaucoup d’autres participants.

Le plus gros auquel il m’ait été donné de participer, c’est Conquest of Mythodea, deux années de suite, en Allemagne : plus de 10 000 participants ! Côté immersion, on est quand même pas mal !

Voilà pour la petite introduction.

Ce que j’ai appris en tant qu’Organisatrice

Je vais faire une courte partie à ce sujet, mais sans m’étendre parce ce n’est pas forcément le plus accessible facilement (alors qu’il est très simple de s’inscrire quelque part en tant que joueur).

En tant qu’Organisatrice d’une chronique (encore en cours, 11 événements en 3 an), j’ai été amenée à créer un univers complet, à écrire des dizaines et des dizaines de fiches de personnages (probablement quelques 450 personnages différents), des dizaines de trames scénaristiques, …

J’ai appris à rebondir sur les événements imprévus que les joueurs mettaient en place, à voir comment une histoire pouvait se construire, comment le conflit était à la base de tout, etc.

J’ai eu l’occasion d’écrire des pages et des pages et de voir mon univers prendre vie sous mes yeux.

J’ai pu rôder plusieurs techniques, notamment l’utilisation des cartes mentales, ma méthodologie pour créer un univers, une meilleure vision d’ensemble pour des créations de personnages plus rapides et efficaces, l’utilisation de routines d’écriture, mon rapport à la créativité quand elle est lié au travail…

Et puis j’ai appris sur moi-même, sur ce que j’aimais raconter et comment j’aimais le faire, sur la façon d’aborder des thèmes difficiles pour amener à réfléchir les plus sensibles aux messages sous-jacents d’une histoire, etc.

Cette expérience d’organisation est sur pause, je la reprendrai en temps voulu, mais elle m’a apporté énormément.

Ce que j’ai ressenti en tant que Joueuse…

J’ai appris énormément en tant qu’Organisatrice, mais c’est en tant que Joueuse que j’ai eu l’occasion de vivre des choses incroyables (impossibles à vivre dans la vie de tous les jours… et tant mieux) et de ressentir des dizaines d’émotions et de sentiments différents, dans mes tripes, presque pour de vrai.

J’ai été une antagoniste cruelle, dysfonctionnelle et prête à tout pour arriver à ses fins. J’ai été sadique, manipulatrice et sans pitié.

J’ai été une divinité naissante sur qui reposait soudainement l’avenir de plusieurs peuples.

J’ai aussi été une voyante, capable de discerner dans l’avenir et j’ai lutté par deux fois pour détruire une machine à voyager dans le temps.

J’ai été une manouche, une survivante en plein cœur d’une apocalypse zombie, capable de se dissimuler alors que des dizaines de revenants affamés passaient juste sous mon nez.

J’ai été une élue politique, ayant à cœur de se battre pour les siens, révoltée contre les inégalités et n’ayant pas peur des plus puissants. Je me suis rebellée contre le pouvoir en place en abattant soldat après soldat.

Je me suis cachée sous un lit, effrayée, alors que des monstres envahissaient tous les bâtiments.

J’ai été la fille d’une divinité de l’océan, porteuse du message de son père à son peuple.

J’ai été l’Enfant du Rêve, capable d’endormir et de faire rêver ou cauchemarder n’importe qui. J’ai tenu tête à des entités dix mille fois plus puissante que moi avec la crainte de finir en miettes mais le refus de courber l’échine.

J’ai enterré un ami, célébrer des mariages, lutté pour ma liberté.

J’ai été la Générale d’une armée qui n’avait pas d’autre choix que d’annihiler ses ennemis pour survivre.

J’ai fait partie d’une troupe de mercenaire et j’ai été sur un champ de bataille où plus de 3 000 personnes s’affrontaient. Je me souviens de la poussière, des bannières immenses flottant au-dessus des combattants, de la clameur qui s’élevaient de loin, qu’on entendait depuis notre campement.

Je suis restée pétrifiée de peur devant une armée de revenants, alors que j’avais mon fils dans les bras, une armée si nombreuse que ses combattants n’en finissaient pas de rejoindre le champ de bataille.

J’ai assisté à des procès, à des tortures, à des beuveries, à des bagarres de taverne (j’en ai provoqué certaines), j’ai dû fuir, me cacher, voler, négocier, blesser, tuer, courir encore pour ma survie.

Et je me suis efforcée de tout retenir. Toutes ces émotions, tout ce que mes personnages pourraient éventuellement être amenés à ressentir, je l’ai ressenti moi aussi, en vrai.

En presque vrai, pour être honnête, puisqu’il y a toujours cette partie de ton esprit qui sait que c’est un jeu. Que c’est pour du faux, que tu ne vas pas vraiment mourir.

Mais en se laissant entraîner, en se laissant porter, on peut ressentir. Ça développe énormément d’empathie de connaître un aperçu de toute cette palette d’émotions.

Pourquoi ça m’a aidée dans ma pratique de l’écriture ?

Parce qu’on parle mieux de ce qu’on connait, tout simplement. Et que dans tout ce que j’ai cité, sincèrement, il y a peu de choses que j’espère vivre un jour en vrai.

Le jeu de rôle grandeur nature permet de s’immerger, de ressentir, de s’imaginer ce que ça donnerait en vrai.

Les gens sont là, pour de vrai. Comme l’imagination n’a pas besoin de faire d’efforts pour les imaginer, pour imaginer leurs habits, ce qu’ils disent, ce qu’ils font, les histoires qu’ils vivent, alors elle peut se concentrer sur ce qu’on ressent pour nous permettre de vivre des choses vraiment intenses.

Et cela nous permet de les retranscrire ensuite.

Voilà pourquoi, personnellement, je conseille à tous les écrivain•e•s de tenter le coup, rien qu’une fois, pour voir.

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