Comment écrire un dialogue qui fonctionne ?

mars 1, 2019 5 minutes 4 Commentaires

Comment écrire un dialogue qui fonctionne ?

mars 1, 2019 5 minutes 4 Commentaires
Comment écrire des dialogues efficaces ?

Aujourd’hui, je vais te parler un peu des dialogues. J’ai fini de faire les corrections des épisodes 5 et 6 de Voyage en Terres sauvages tard hier soir, et il en est ressorti que j’avais un peu de travail pour améliorer les miens.

Quand on écrit beaucoup et qu’on veut progresser, arrive un moment où il faut aller se frotter un peu à la théorie, voir ce que les grands auteurs conseillent, etc…

Jusque là, j’improvisais mes dialogues sans vraiment réfléchir, mais là, je suis allée farfouiller un petit peu pour voir ce qui fait un bon dialogue…

Les fonctions du dialogue

Commençons par un petit rappel sur les fonctions d’un dialogue au sein d’un récit :

  • faire avancer l’histoire ;
  • caractériser les personnages ;
  • apporter une touche dramatique ;
  • donner une information importante.

Techniquement, tous les dialogues qui ne remplissent pas au moins une de ces fonctions doivent être supprimés du récit à la relecture. Et tous les éléments d’un dialogue qui ne remplissent pas ces mêmes fonctions doivent également disparaître.

Stephen King recommande de retirer 10% de son texte quand on corrige le premier jet, en supprimant tout ce qui ne sert pas l’histoire. Bernard Werber, quant à lui, estime que tous les éléments du récit doivent avoir une fonction et un but. Deux conseils qui viennent appuyer l’idée qu’il faut supprimer tous les dialogues qui ne servent à rien !

Maintenant, voyons un peu à quoi les dialogues ne doivent pas servir :

  • expliquer l’intrigue ou les motivations des personnages : il faut les expliciter d’une autre façon ;
  • expliciter ce que le personnage pense ou ressent : ce sont ses actes qui doivent refléter cela (il faut montrer, pas dire) ;
  • les longs discours : à éviter pour ne pas perdre le lecteur ;
  • véhiculer directement le message de l’auteur : les situations vécues par les personnages et leurs réactions doivent développer ces idées ;
  • donner des informations que les personnages participant au dialogue savent tous déjà juste pour donner ces informations au lecteur : trouve une autre façon de le faire !

Les dialogues doivent avoir l’air réalistes

On voit souvent le conseil suivant : les dialogues doivent avoir l’air réaliste. Ce qu’il faut comprendre par là, c’est que dans l’idée, des personnes réelles pourraient totalement avoir ce dialogue. Néanmoins, il ne faut pas pour autant retranscrire tel quel des dialogues de la vie de tous les jours.

Déjà, il faut laisser de côté toutes les banalités. On passe les salutations, les “comment vas-tu ?” et autres prises de nouvelles et on rentre directement dans le vif du sujet.

De plus, les dialogues doivent sonner réaliste, mais ils sont aussi meilleurs qu’en vrai, plus intelligents, plus percutants, plus métaphoriques… Plus proche de la perfection.

Dans la vraie vie, on a rarement la bonne réplique au bout moment (qui ne s’est jamais rejoué une scène en imaginant ce qu’elle aurait dû dire ?) Nos personnages, eux, peuvent avoir toujours la bonne réponse, la bonne pique, la bonne petite blague au bon moment. Ça n’enlève rien au réalisme !

Casser la monotonie

Les lignes de dialogue qui s’enchaînent interminablement sans aucun autre élément ennuient et perdent le lecteur. Il ne peut pas visualiser la scène puisque aucune indication ne le lui permet.

De plus, les personnages semblent comme figés. Même si un dialogue se déroule, on a la sensation que le monde est sur pause. Ce n’est pas le cas : nous bougeons quand nous parlons !

Il faut donc prendre le temps d’aérer le dialogue en l’entrecoupant de courtes descriptions sur ce que font les personnages pendant qu’ils parlent.

Les incises et indicateurs dans les dialogues

Il faut toujours faire en sorte que le lecteur puisse savoir qui a la parole sans aucune confusion possible, et, idéalement, sans utiliser d’incise ou d’indicateur.

Évite donc d’abuser des marqueurs de dialogue. Ils ont tendance à alourdir le texte alors qu’ils ne sont pas forcément nécessaire. Ils font d’ailleurs partie des éléments à supprimer pour alléger ton texte et ne garder que l’essentiel.

Si tu dois mettre une incise, ne cherche pas absolument à utiliser autre chose que “dire” et “demander”. Vouloir absolument remplacer ces deux verbes alourdit également les dialogues.

Comment écrire des dialogues qui fonctionnent ?

Il n’y a aucun mal à utiliser “dire” et “demander”, au contraire : ils sont quasiment invisible pour le lecteur. Ils ne gênent donc pas du tout la lecture. N’utilise un autre verbe que quand c’est absolument nécessaire, c’est-à-dire quand l’information ne peut pas être donnée d’une autre façon.

Enfin, limite l’utilisation des adverbes : “dit-il doucement“, “demanda-t-elle subitement“. C’est d’ailleurs un conseil à appliquer de manière général dans ton récit. Souvent, c’est pareil, ils sont inutiles. Par exemple, si un personnage dit “Bon sang, tu commences à me taper sur les nerfs !“, tu n’as pas besoin de préciser le ton employé, on le devine !

Quelques conseils encore…

Observe et écoute les gens dans la vie de tous les jours lorsqu’ils parlent ! Comment bougent-ils ? Quels sont leurs tics de langage ? Comment structurent-ils leurs phrases ? Cela t’aidera à construire tes dialogues en insérant des détails, des descriptions. C’est une excellente façon de montrer sans dire ce que le personnage pense.

N’hésite pas à lire tes dialogues à haute voix. Tu te rendras mieux compte du rythme. Tu peux les voir comme une partition, il doit y avoir des changements de rythme, des silences, une certaine musicalité.

Enfin, fais en sorte que tous tes personnages ne s’expriment pas de la même façon. Selon l’âge, la provenance, la classe sociale, etc, ils n’utiliseront pas les mêmes tournures de phrase, le même vocabulaire, … Raison de plus pour écouter comment les gens autour de toi s’expriment !

Pour définir la façon de parler de tes personnages, tu as plusieurs possibilités : accent, tic de langage, grossièreté, expressions, patois, défaut de langage, …

Et toi, jusque là, comment est-ce que tu gérais tes dialogues ?

4 Commentaires

  • Elodie mars 1, 2019 at 11:40

    Tout est dit! Merci pour cet article qui regroupe les conseils essentiels pour rédiger de bons dialogues.
    Je te rejoins sur le fait de ne pas utiliser d’autres verbes que dire ou demander pour ponctuer les échanges verbaux des personnages. Stephen King y fait également référence dans son livre “Ecriture”: si on est obligé d’apporter une précision sur le ton employé, c’est que notre récit manque de quelque chose avant d’arriver au dialogue. Avant même que le personnage n’ouvre la bouche, on doit savoir dans quel état d’esprit il se trouve et dans quelles atmosphère il évolue.
    Je trouve que l’écriture de dialogues est un exercice difficile pour ma part! Aussi parce qu’il m’est trop souvent arrivé en lisant un roman d’être obligée de revenir en arrière pour comprendre qui parle, je ne voudrais pas reproduire ça chez moi!
    Au plaisir!

    • Tiphaine - Suis l'Élan mars 2, 2019 at 11:50

      Je pense qu’en y apportant un soin tout particulier à la relecture, on doit pouvoir réussir toi et moi à avoir des dialogues clairs et efficaces ! Quand je me relis, desfois je dois moi-même réfléchir à qui parle si j’ai laissé le texte de côté trop longtemps et ça… c’est la preuve que c’était vraiment pas bon ^^’

  • Mémoire du Temps mars 2, 2019 at 9:47

    Bonjour Tiphaine,
    article très intéressant, merci.
    Mais une chose me gêne : “Si tu dois mettre une incise, ne cherche pas absolument à utiliser autre chose que “dire” et “demander”. Vouloir absolument remplacer ces deux verbes alourdit également les dialogues.” notamment en français car les répétitions ne sont pas appréciées notamment par les CDL ou les jurys.
    Les dialogues doivent effectivement éviter l’incise quand le lecteur comprend qui parle, mais si on doit en mettre, je pense qu’il est préférable de les varier notamment cela permet de faire vivre le dialogue à travers l’attitude des interlocuteurs. Plusieurs centaines de verbes existent justement pour préciser cela… et rien n’empêche d’en utiliser d’autres pour rendre vivant un dialogue. Quand nous parlons dans la vie courante, non seulement nous bougeons, mais les visages ne restent pas de marbre, souvent nous utilisons aussi nos mains pour appuyer nos mots. L’incise ne sert pas qu’à permettre de reconnaître qui parle (d’ailleurs si les personnages sont bien décrits et suffisamment différents, ce peut être même superflu), mais aussi à donner l’information sur les réactions de chacun.
    Comme tu le sais, je lis énormément de nouvelles d’auteurs différents dans le cadre de mon activité de membre de son CDL pour choisir les nouvelles sélectionnées pour les AT et tournois de notre ami Aramis Mousquetayre… que de dialogues ternes et confus dans beaucoup de textes. Lire dans un texte de 6 pages plus de 60 fois le mot dire conjugué, c’est insupportable, comme d’autres qui abusent des adverbes ou de certains verbes ternes… et quel plaisir de lire un texte riche au vocabulaire varié.
    Amicalement.
    Mémoire.

    • Tiphaine - Suis l'Élan mars 2, 2019 at 11:53

      Hello Mémoire ! 🙂

      Je te rejoins, un texte truffé de lignes de dialogues ponctuées par le verbe dire n’est pas agréable à lire non plus. Je pense cependant qu’il faut savoir utiliser les jolis mots avec parcimonie, avec le bon dosage. Personnellement, j’ai du mal à rester dans ma lecture s’il y a trop de mots inhabituels/compliqués/inconnus (et pourtant je pense avoir pas mal de vocabulaire !).

      Bien-sûr, je pense qu’il faut profiter de tous les mots que nous avons dans la langue française, mais je reste sur ma position de ne pas vouloir absolument tout le temps remplacer “dire” 🙂 Mais je suis une adepte du simple et efficace 🙂 d’ailleurs, je ne pense pas avoir un style très complexe, mais je crois que mes histoires sont efficaces ^^

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