Comment écrire une nouvelle

janvier 10, 2019 7 minutes Aucun commentaire

Comment écrire une nouvelle

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Comment écrire une nouvelle

Quand j’ai décidé de participer aux appels à textes et concours de nouvelles, je n’en avais presque jamais lues. Je me suis lancée dans l’aventure complètement en aveugle, trouvant instinctivement les quelques caractéristiques que le format court impose.

Et puis, de fil en aiguille, avec les retours des lecteurs, j’ai su ce qui fonctionnait, ce que je devais changer, et surtout, à force d’en écrire, j’ai su ce qui me plaisait dans ce format.

En général, j’aime les longues histoires complexes. Mon gros projet de roman que j’aime d’amour est en fait une chronique de fantasy que j’espère développer en 4, 5 voire 10 tomes. J’ai aussi une trilogie en cours de finalisation.

C’est génial, sauf que c’est un travail de longue haleine, et parfois, ça fait du bien de finir une histoire. De mettre le point final pour pouvoir la partager. Et les nouvelles sont un format extraordinaire pour ça. Pour susciter de nombreuses émotions en peu de mots. Pour faire vivre une aventure à des gens qui n’ont pas (ou ne trouvent pas) le temps de lire plus de quelques pages par jour.

Aujourd’hui donc, nous allons parler un peu de la nouvelle. En écriture, je fonctionne de façon totalement empirique et instinctive. Je pense qu’il ne faut pas se laisser emprisonner par la théorie et qu’elle doit seulement servir de support. Je vais donc passer rapidement dessus pour enchaîner avec ma vision des choses et ma façon de faire.

Critères communément admis d’une nouvelle

Tu pourras trouver de nombreuses définitions et je crois que certains points font débat. Il y a notamment une différence de conception entre les pays francophones et les pays anglo-saxons. Disons donc que les points suivants sont ceux que j’ai personnellement retenus pour définir une nouvelle.

La longueur tout d’abord : une nouvelle est courte par définition. J’ai lu d’excellentes nouvelles qui tenaient sur moins de 3 pages du recueil (dont une de Ray Bradbury qui m’a scotchée). Certaines nouvelles peuvent monter jusqu’à 5 000 mots.

Au-delà, j’ai tendance à trouver ça trop long, mais pourquoi pas. En France, on compte plus en signes espaces comprises pour avoir une idée plus objective de la longueur, ça donne entre 2 500 et 30 000 signes. Attention, encore une fois : c’est seulement mon avis !

Ceci étant dit, on retrouve également les caractéristiques suivantes :
un seul événement/une seule trame ;
peu de personnages, développés au strict minimum ;
une chute étonnante, surprenante, émouvante, imprévisible (et le lecteur avisé sait qu’elle sera imprévisible).

NB : si la nouvelle à chute est ce que je préfère, ce n’est pas obligatoire pour autant. Je me répète, mais je crois que ces caractéristiques permettent de poser un cadre. Il ne faut pas avoir peur de jouer avec pour laisser sa créativité s’exprimer si on en ressent l’envie ou le besoin.

Comment écrire une nouvelle

Comment est-ce que moi je procède ?

Il y a forcément plusieurs façons de faire, plus ou moins millimétrées. Certains se lancent sans préparation, d’autres détaillent énormément les choses avant de se mettre à la rédaction. Je me situe quelque part entre ces deux extrêmes.

Étape n° 1: trouver l’histoire et la chute

Je n’aime pas me lancer dans une nouvelle sans savoir quel sera le retournement imprévisible. La fin ne doit pas sortir de nulle part. Même si elle doit surprendre, elle doit être cohérente. C’est pour cette raison que j’ai besoin de la connaître : le reste du texte s’articule en fonction d’elle.

En ce qui concerne cette question de surprendre quelqu’un qui s’attend à être surpris, j’aime voir ça comme un jeu. L’auteur essaie de piéger le lecteur qui essaie de ne pas se laisser piéger ! C’est un pari renouvelé à chaque nouvelle (et quand tu te lances dans un challenge comme le défi Bradbury, tu en prends, des paris !)

C’est aussi à cette étape que je décide ce que je veux provoquer comme réaction chez les lecteurs. Du rêve, de la poésie, un questionnement sur un sujet en particulier ? Je pense que les histoires peuvent servir à véhiculer des valeurs et amener les gens à s’interroger. J’aime utiliser les nouvelles de cette façon-là (mais je ne le fais pas à chaque fois).

Étape n°2 : les personnages et la structure du récit

Pour certains, il est nécessaire de diviser cette étape en deux en distinguant bien la création des personnages et la réflexion autour de la structure. Si j’ai bel et bien commencé à structurer ma méthode pour les histoires longues, je ne le fais pas encore pour les nouvelles. J’aime garder une grande part de liberté dans la rédaction.

Cette étape consiste donc pour moi à déterminer qui sera mon personnage principal, ainsi que le point de vue que j’adopterai (première ou troisième personne). Je choisis aussi le temps de la narration. Je trouve qu’on n’obtient pas le même effet au présent et au passé : c’est un choix important, surtout pour une nouvelle où chaque détail compte.

Je détermine ensuite les grandes lignes de l’histoire.

Étape n°3 : le premier jet

J’écris le premier jet d’une traite (autant que possible), puis je laisse poser un jour ou deux avant d’y revenir (je fais pareil avec mes articles de blog, d’ailleurs !) J’ajoute les personnages nécessaires à l’intrigue au fur et à mesure.

Par exemple, pour ma première nouvelle du défi Bradbury, j’avais Pierre, le personnage principal, et le cerf. J’ai ajouté tous les autres en fonction de mes besoins, quand je devais introduire une information ou mettre en lace un mécanisme, une fausse piste, etc.

Parfois, la structure que j’avais envisagée change, mais je tombe toujours sur la chute prévue. C’est pour ça que je n’aime pas me figer dans un plan trop rigide et détaillé : parfois, pendant l’écriture, on se rend compte que ce qu’on a prévu ne fonctionne pas et qu’un autre chemin convient mieux. C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas se rendre soi-même prisonnier d’une structure.

Étape n° 4 : relecture et réécriture

À la relecture, j’essaie d’épurer le texte pour enlever les éléments superflus. Le rythme de la nouvelle ne doit pas laisser le temps au lecteur de décrocher. Le texte est assez court pour ne pas avoir besoin de “moments de repos”.

Je vérifie les tournures trop longues, je les simplifie si besoin. Le lecteur ne doit pas avoir à relire un ou plusieurs paragraphes pour être sûr qu’il a compris. Je fais aussi les corrections habituelles (attention aux adverbes, etc).

Étape n°5 : direction les béta-lecteurs

Si j’ai le temps (je me réveille souvent très tard pour les appels à textes), je débauche des relecteurs pour voir si l’histoire (et surtout la chute) fonctionne. Je préfère toujours commencer par des retours sur l’histoire, parce que s’il faut réécrire des passages entiers, ça n’aura servi à rien de corriger minutieusement chaque tournure.

Une fois que la façon dont l’histoire est structurée me convient, je passe à la relecture pour la syntaxe, les fautes, etc. Je n’hésite pas à épurer une nouvelle fois si je le juge nécessaire.

Quelques conseils supplémentaires

Les premiers mots

Le début est essentiel. Il faut entraîner le lecteur dans son récit dès les premières phrases. Certains auteurs recommandent d’attaquer par de l’action brute. C’est une méthode que j’utilise également.

Après tout, une nouvelle déroule un événement, une trame, autant attaquer directement. On peut aussi démarrer par un dialogue. Dans tous les cas, il faut bien soigner son entrée en la matière.

Comment écrire une nouvelle

Les indices

Certaines chutes sont cohérentes, mais aucun indice concret ne peut les annoncer. Ça n’empêchera pas le lecteur d’essayer de deviner. Et il pourra y arriver si l’auteur ne triche pas ! C’est pour cela aussi que j’ai écrit plus haut que le récit devait se construire à partir de la chute, selon moi.

D’autres fois, l’auteur sème de nombreux indices, joue sur les mots, choisit soigneusement les expressions employées et les points de vue. Une fois qu’on connait la chute, on n’a qu’une seule envie : relire la nouvelle pour la redécouvrir en connaissance de cause.

J’aime écrire ce genre de textes. C’est un niveau de plus dans le jeu avec le lecteur, parce que chaque indice est une chance supplémentaire pour lui de deviner la fin !

Être précis

Dans un texte court et percutant, il ne faut pas s’embarrasser de trop de détails. Chaque information, chaque mot, chaque expression doit être utile dans l’effet qu’on veut obtenir. Ça ne veut pas dire qu’il faut se passer du descriptif : ça veut dire qu’il est vraiment nécessaire de savoir poser une ambiance, décrire un lieu, une personne, etc. en quelques mots.

Ça veut aussi dire qu’il faut savoir se passer complètement de certains détails. Par exemple, la plupart du temps je ne décris plus mes personnages physiquement (à moins que cela ait un intérêt particulier pour ce que je souhaite raconter). Je ne m’étend pas non plus sur son caractère, sauf encore une fois si j’ai spécifiquement besoin de souligner un trait en particulier. Et même là, j’essaie de le faire passer plutôt dans les dialogues, l’action et les réactions.

Ça nous amène d’ailleurs au fameux “show, don’t tell” de nos amis anglo-saxons.

“Montre, ne dis pas”

C’est un conseil qui est valable de manière générale quand on écrit, je pense que c’est d’autant plus vrai dans un format court. C’est d’ailleurs un de mes axes de travail principal (avec la réduction de l’emploi des adverbes).

Il s’agit de laisser le lecteur comprendre plutôt que de lui dire. Il ne faut pas expliciter les raisonnements sous-jacents, il doit les comprendre de lui-même. S’il ne les comprend pas, il faut réécrire. Il ne faut pas leur dire quoi penser non plus (dire qu’un personnage est une personne attachante vs. faire faire à un personnage des actions qui peuvent le rendre attachant).

Comment écrire une nouvelle - Infographie

Et toi, dis-moi, est-ce que tu écris des nouvelles ? Comment tu t’y prends ? Si cet article t’a été utile, n’hésite pas à le partager ! =)

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