Comment créer un antagoniste inoubliable ?

février 7, 2019 7 minutes Aucun commentaire

Comment créer un antagoniste inoubliable ?

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Comment créer un antagoniste inoubliable ?

Quand on se lance dans la création d’une histoire, on a souvent une idée bien précise de notre protagoniste, ce cher personnage principal. Parfois, on a aussi une idée assez précise de ce qu’il va lui arriver. Et puis arrive le moment de créer l’antagoniste, pour venir compléter tout ça… Et il arrive qu’on bâcle cette étape à tort.

Disons le clairement : l’antagoniste est un personnage clé pour la cohérence de l’histoire. Je dirais même qu’il est aussi important que le protagoniste, si ce n’est plus. Si tu veux que tes lecteurs croient en ton histoire, si tu veux qu’elle les captive, tu ne peux pas te contenter de créer vaguement un personnage méchant parce que.

Pour cet article, je vais illustrer mes propos avec l’antagoniste de la chronique de jeu de rôle grandeur nature que j’ai créé avec mon amoureux : Tanshin. Parce que je l’aime d’amour et que, bien qu’il soit un ennemi implacable, son histoire a touché au cœur l’ensemble des joueurs. Et je pense que c’est entre autres ça qui fait un bon antagoniste.

Un peu de théorie d’abord

Basiquement, sans antagoniste, il n’y a pas d’histoire : c’est lui qui se dresse entre le protagoniste et son objectif. Il est donc l’incarnation du conflit auquel se heurte ton héros. Note bien qu’il n’est pas nécessairement méchant ou maléfique, et que ce n’est pas toujours une personne.

Un antagoniste peut en effet être un élément naturel (tempête, astéroïde,…), un modèle sociétal (c’est beaucoup le cas dans les contre-utopies et les uchronies), le protagoniste lui-même… Dans le cadre de cet article, je vais surtout traiter de la façon de créer un antagoniste “personne”.

L’antagoniste (que je n’aime pas appeler le “méchant”, même si dans l’idée, c’est ça, du moins de vue du héros en tout cas) est là pour empêcher le personnage d’atteindre son objectif. Attention : je ne dis pas que c’est sa motivation profonde (on y arrive dans un instant), mais plutôt que c’est sa raison d’exister dans la structure du récit.

C’est ce personnage qui sera à l’origine des changements/transformations de ton protagoniste. C’est grâce à lui que la pierre brute deviendra un diamant, car c’est lui qui sera à l’origine des épreuves les plus difficiles pour le héros. Il peut y avoir d’autres obstacles, mais aucun ne fera autant réfléchir et changer le protagoniste.

Notamment, si l’histoire traite d’un thème en particulier, le protagoniste et l’antagoniste peuvent incarner deux visions différentes de ce thème. C’est un schéma particulièrement intéressant quand ton histoire est centrée autour d’un thème ou de valeurs que tu souhaites mettre en avant et sur lesquelles tu souhaites faire réfléchir.

Pour finir, attention, certains personnages peuvent n’être que des obstacles sans être pour autant des antagonistes.

Comment créer un bon antagoniste ?

D’abord, qu’est-ce qu’un bon antagoniste ? Au choix, c’est un personnage dont on se souvient, qui nous captive, qu’on se plaît à haïr, qu’on aime malgré tout, dont on a envie de suivre l’évolution… Dans tous les cas : c’est un personnage marquant qui amène le lecteur à vouloir connaître la suite de l’histoire !

Il faut le traiter avec autant de profondeur et de soin que ton personnage principal. J’en parlais déjà dans cet article sur l’évolution des personnages au fil du récit : les motivations et objectifs sont essentiels.

Comment créer un antagoniste inoubliable ?

En effet, avoir un antagoniste avec des motivations solides et profondes t’aidera à le rendre fascinant lui aussi (c’est important que le lecteur accroche aussi à ton antagoniste) et à construire une trame solide.

En sachant ce que ton antagoniste veut et pourquoi, tu sauras quels sont les obstacles qu’il met volontairement (ou non) sur la route de ton protagoniste. Si tu as bien creusé ce dernier, tu sauras comment le faire réagir, et tu auras de fil en aiguille le déroulement de ton histoire.

Prend donc le temps de répondre à ces questions : quelle est l’histoire de ton antagoniste ? Qu’est-ce qui l’a fait devenir ainsi ? Quelles sont ses motivations, ses objectifs ? Il faut que tout soit logique et compréhensible pour le lecteur.

On peut désapprouver ses choix, sa façon de voir le monde, ses actes, ses objectifs, mais on doit comprendre comment il en est arrivé là. Si tu arrives à faire en sorte que le lecteur éprouve un minimum d’empathie pour lui, je pense que tu as gagné un très bon antagoniste.

Attention : il n’y a pas besoin d’aller dans les extrêmes pour avoir un bon antagoniste. Et parfois, c’est bon aussi d’avoir simplement un personnage détestable à haïr. Mais c’est toujours mieux s’il y a une bonne raison à ce côté détestable, en évitant les clichés vus et revus.

À ce sujet, je trouve qu’il est très intéressant de te documenter sur les blessures que nous subissons quand nous sommes enfants et qui génèrent des comportements et des croyances limitantes, etc. Pour construire un personnage solide, je pense qu’il est intéressant de comprendre comment nous nous construisons nous-mêmes. Le personnage n’en sera que plus touchant et cohérent.

L’objectif principal de l’antagoniste : deux options

De deux choses l’une : soit l’objectif de l’antagoniste est de volontairement nuire au protagoniste, et je pense qu’il faut une raison solide pour expliquer cette situation et la rendre crédible et viable, soit l’objectif de l’antagoniste se met en travers du chemin du protagoniste (seul l’un des deux peut atteindre son objectif).

J’aime beaucoup la deuxième option. Les antagonistes sont alors le héros de leur propre histoire. À aucun moment, ils ne se considèrent comme étant “le méchant”. Ils peuvent être très clairvoyants et savoir que leurs méthodes sont dures et/ou cruelles, cela n’enlève rien au fait qu’ils sont les héros de leur version de choses.

Une fois que tu as choisi vers quelle option tu tends, construis ton personnage antagoniste autour de cette décision. S’il décide de nuire volontairement au personnage principal, pense à leur construire une histoire commune, au moins un minimum. On ne décide pas du jour au lendemain de nuire à un inconnu !

Si tu choisis la deuxième option, détermine quel est le plan de l’antagoniste pour arriver à ses fins avant le commencement de l’histoire. Tu pourras ainsi définir en détail de quelle façon ses projets se heurtent à ceux de ton personnage principal. C’est de ce choc que découleront les premières péripéties de ton histoire !

Le cas de Tanshin : un antagoniste inoubliable

Tanshin, ou Chat, est l’antagoniste principal de la chronique de jeu de rôle grandeur nature que j’organise avec mon amoureux : les Contes de la Brume.

Nous voulions un personnage fort, complexe et surtout, nous ne voulions pas qu’il soit méchant/mauvais par nature. Nous voulions que de son côté de l’histoire, il soit à la fois la victime et le héros.

Comment créer un antagoniste inoubliable ?

Pour te présenter les choses brièvement, au début de la chronique, l’humanité entière survivait depuis plus de 3000 ans dans l’Enclave, une enceinte protégée par les Kami (les divinités). À l’extérieur, il y avait la Brume, qui rend fou les Hommes, et des monstruosités nombreuses, cruelles et mortelles.

Une nuit, une armée ennemie est entrée dans l’Enclave, dévastant tout sur son chemin. Ce n’était pas des créatures ni des monstres : c’était des Hommes. Et à leur tête se trouvait Tanshin, qui était là pour annihiler les habitants de l’Enclave.

De fil en aiguille, les joueurs ont découvert l’histoire de Tanshin. Ce dernier était l’incarnation d’un monde (les joueurs découvraient au passage que leurs ancêtres venaient de 12 mondes différents).

À sa naissance, les autres l’avaient chassé jusqu’au fin fond de la création, où il n’y a aucune lumière. Là-bas, pour protéger ses Hommes, il avait affronté de terribles créatures qui vivaient tapies là. Après 16 000 ans, il avait décidé de revenir à la lumière, pour le bien de ses Hommes.

Et la seule façon pour lui d’y parvenir était de détruire les 12 autres mondes. Ce qui tombait plutôt bien pour lui, puisqu’il était le plus puissant d’entre eux.

Les joueurs se sont donc retrouvés face à des antagonistes (Tanshin et son peuple) qui avaient toutes les raisons du monde de mener la guerre, puisqu’ils luttaient pour leur propre survie. Ça n’en restait pas moins des ennemis mortels contre lesquels il fallait bien se défendre.

Et c’est pour cette raison que Tanshin est l’un de mes antagonistes préférés : son histoire, sa motivation, ses objectifs sont solides, logiques, cohérents, louables, touchants. Ses choix sont discutables, mais là encore, on comprend comment il en est arrivé à de telles décisions.

Dans le cœur des joueurs, c’est la tempête. Le personnage fascine, il soulève de nombreuses questions et paradoxes sur la guerre en générale, ce qui fait réfléchir, et c’est aussi intéressant, parce que c’est l’un des thèmes sous-jacent de notre chronique.

Et toi, comment travailles-tu tes antagonistes ? Quels sont ceux que tu préfères ?

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